Vous êtes ici dans la partie "carnet de route" du
projet d'échange culturel basé sur les jeux autour du monde,
que nous avons réalisé de décembre 2007 à juin 2009.

mercredi 1 juillet 2009

Atterrissage !


Sur le quai, les parents Bureau nous attendent avec Théotime. C'est émouvant. Nous parlons beaucoup. Ce qui nous entoure ne nous est pas inconnu, c'était quelque-part dans notre mémoire, mais nous le voyons avec un regard neuf, comme si nous étions étrangers. Nous nous régalons d'un vrai petit-déjeuner et je pars en train, seule, vers Rouen. Un an s'est passé. Je me pose beaucoup de questions. Comment se passera le retour dans ma famille ? Mes parents accepteront-ils que je continue à mener ma vie comme je l'entends ? Une vieille frayeur... Je me suis habituée à une grande liberté. Comment vais-je ressentir mon intégration ? Toutes mes inquiétudes s'envolent au moment où je les aperçois. Je suis submergée de bonheur, d'émotion. Justine est là, et Mieszko aussi, toujours aussi grand et beau.

Vascoeuil

Nicolas et Elise rentrent à vélo. Ils sont un peu stressés, se marient dans six jours. Nous restons dehors, au soleil. Nous parlons beaucoup, rions encore plus. Dans la soirée, mon oncle préféré et sa famille arrivent. Quelle ambiance !!! Je parle du voyage, ils m'envient. La moto, la Russie, le lac Baïkal, la Mongolie, le Transsibérien. Dans cinq mois, nous nous marions. Ma robe ne sera pas blanche. Je l'ai achetée en Inde, elle est jaune et bleue. C'est la surprise. Pour moi, rien de choquant. Nous passons de bons moments, j'essaie de m'habituer petit-à-petit à cette nouvelle vie. Pour l'instant, l'effervescence autour du mariage de mon frère nous occupe l'esprit, même si nous sommes parfois un peu tendus à l'idée que nous soyons rentrés, que le voyage soit fini. Nous le vivons chacun différemment, séparément.


On nous parle beaucoup du voyage "Alors, c'est vous les grands voyageurs ? - regard plein d'admiration, d'envie, d'attentes - c'est super ce que vous avez fait ! Mais... c'est pas trop dur d'être rentrés ? Vous avez pas envie de repartir ?" Non, vraiment. "Allez, vous pouvez le dire..." Non, non et non. Nous faisons le plein de ce qui nous a manqué cette année. Nous sommes heureux d'être là. J'avais même hâte de rentrer. Un an, c'est long. Et puis, on atterrit encore, laissez-nous le temps. Cette question, que j'entendrai très souvent, me gêne un peu, car les gens semblent déçus de ma réponse. Ils semblent me dire que je n'ai pas ma place ici. Je lutte intérieurement contre l'image qu'on veut me donner de mon nouvel environnement. Je trouve le climat agréable, la nature pleine de vie, et les gens sympas. Je n'ai pas envie qu'on me persuade du contraire, qu'on me gâche le bonheur d'être rentrée. Le retour, c'est une partie du voyage. "Pas trop dur de se réadapter à la vie en France ?" On s'est adaptés constamment, chaque jour, à de nouvelles situations, pendant un an. La Normandie, le chômage, les convenances sociales, la langue, l'humour, les façons de danser, de se comporter : on connaît tout ça ! Alors pas difficile de s'y adapter. Et puis le voyage nous a appris à relativiser les coups durs, à gérer les situations où l'on peut se sentir gêné, tendu, incompris.

Bref, beaucoup de sous-entendus négatifs concernant notre retour... alors que nous ne le ressentons pas comme tel.



Petits bonheurs simples que l'on redécouvre : cuisiner, manger chez soi (et pas des trucs bizarres au resto...), des plats frais et légers, communiquer par l'humour, profiter de la vie culturelle, avoir un autre regard sur les choses, et s'en étonner. S'amuser du fait que le mot "chocolat" est à la mode. Se demander ce que désigne le mot verrine. Remarquer aussi qu'on est parfois naïfs, simples, qu'on a baissé notre garde, et qu'on le vit bien.

Ce blog parle de nous, de notre voyage. Je n'ajouterai rien qui relate la vie privée d'autres personnes. Sachez simplement que le mariage de mon frère fut un moment fabuleux et très émouvant. Revoir autant de personnes chères à mon coeur, c'est tout ce dont j'avais besoin, surtout lors d'une si belle occasion.

J'essaie de m'adapter à ma nouvelle vie moins sportive, plus intellectuelle. Le rythme est plus lent. Je m'ennuie parfois. J'ai besoin de dépenser mon énergie. J'occupe mon temps à organiser notre mariage (le thème sera "automne"), penser à des animations pour la fête que donneront les parents Bureau en notre honneur et... à trouver du travail (accessoirement, m'inscrire au Pole Emploi). Je rejoins Antoine chez ses parents, au Havre. Tranquillement, on s'insère dans la vie culturelle. Festival du "polar à la plage". Théâtre "noir" au conservatoire. On passe inaperçu. Ca fait tout drôle ! Antoine passe un entretien chez CEACOM pour devenir téléconseiller, et qu'on s'installe rapidement "chez nous". Pour l'instant, j'ai une piste pour être interprète en allemand dans la centrale thermique EDF, alors je me replonge dans cette langue. Et puis on reprend le sport, retrouvant notre bonne habitude strasbourgeoise de nous déplacer à vélo. Nous revoyons nos amis petit-à-petit, rencontrons enfin les bouts d'choux qu'on ne connaissait que par internet ! On nous parle de voyage, c'est normal. On me fait beaucoup parler, raconter des anecdotes.



Vision d'horreur : angles obtus, arbres sans vie, métal, acier, béton

Avant une soirée, nous passons faire quelques courses à Auchan. Là, c'est le choc : c'est immense ! tant de rayons, de choix !!! Comment s'y retrouver ? Trop de monde, d'ondes négatives palpables. La peur de l'autre s'insinuait doucement en moi, ici elle m'envahit. Misère sociale. Je ne peux m'empêcher de les regarder avec curiosité. Vêtements voyants, m'as-tu-vu, tu as vu comme je suis riche ? Obésité. Egoïsme. Arrogance. Je me sens mal à l'aise. Antoine s'énerve. Nous nous disputons. Tout le monde nous regarde et comprend ce qu'on se dit. Pression sociale. Nous nous souvenons finalement, qu'avant de partir, nous avions arrêté de fréquenter les supermarchés parce-que cet environnement nous fatiguait et qu'on finissait, presque toujours, dans ce même état d'esprit.



Pour un mariage, je porte mon salwar kamiz. Nous plongeons dans un autre groupe d'amis. C'est joyeux. On s'amuse bien. On ne fait vraiment bien la fête que chez soi, avec ses amis.

Mais ça critique facilement, avec légèreté, pour blaguer, ... ou pas. Je ne comprends pas. Ca ne me fait pas rire. Je sais aussi que l'intolérance peut nous priver de liberté. "Putain, vous êtes devenus trop indulgents ! Vous trouvez tout bien ! Vous êtes devenus chiants !!!" C'est vrai. Je n'aime pas qu'on critique. Ca me gêne. Mon éducation ? sûrement. La faute à notre voyage ? évidemment. Tout ce qui était différent nous plaisait. Dans cette culture, le sens critique, le verbe acerbe, l'ironie, parfois le cynisme, l'arrogance mal dissimulée ne serviraient qu'à faire de l'humour ? Peut-être aussi à affirmer sa supériorité sur l'autre.

5 commentaires:

Chichi a dit…

coucou anna !
j'aime vraiment ce que tu écris et moi qui ne vous ai pas connus avant, je vous ai vraiment trouvé super chouettes dès notre première rencontre ! tellement différents mais, en fait, simplement vrais, tranquilles et zen. Finalement, je pense plus que les gens vous envie d'avoir réussi à dépasser tout cela et à être vous mêmes. Ne changez pas, je vous adore !
De mon côté, je commence à me poser un peu les mêmes questions, même si la vie ici est différente de celle que vous avez vécue en asie, il y a des similitudes : tout quitter pour une année, se couper des habitudes, du stress, des codes sociaux français. J'ai à la fois envie de rentrer car beaucoup de choses me manquent aussi mais parfois peur de ce choc du retour... Enfin, j'ai encore le temps de voir, alors en attendant profitons !
Bisous à tous les deux !
Sylvie

Antoine et Anna a dit…

Salut Sylvie !
Merci pour ton commentaire, ça fait chaud au coeur :p
Le Canada, ça doit te changer ! T'as un blog ? (dsl, je sais plus...)
Bisous !!!
Anna et Antoine

Nicolas a dit…

Vos derniers articles sont très intéressants et sacrement bien écrits !
Continuez à faire pleins de nouveaux projets !

A bientôt sur skype !

Bizz

Elise & Nicolas

Antoine et Anna a dit…

Merci Nicolas et Elise !!!

On se donne rdv sur Skype bientôt ?

BizzZ !

Nicolas a dit…

Maintenant qu'on a internet (merci voisin !), pas de soucis, on est dispo !

Biizzz