Vous êtes ici dans la partie "carnet de route" du
projet d'échange culturel basé sur les jeux autour du monde,
que nous avons réalisé de décembre 2007 à juin 2009.

vendredi 26 juin 2009

Mc Leod Ganj, capitale indo-tibétaine

Arrivée à McLeod Ganj

Ca grimpe. Le bus nous conduit à 1750 mètres d'altitude. Beaucoup de Blancs, de boutiques pour touristes, de restos. Ambiance de retraite spirituelle. Des moines en toge rouge bordeaux et en sandales. Il fait beaucoup moins chaud qu'à Amritsar, tant mieux.


Notre chambre d'hôtel nous offre une belle vue sur les sommets enneigés de l'Himalayah. L'atmosphère, l'odeur du froid, le bouddhisme lamaïste, tout nous rappelle la ville sainte de Shangri-La et la Mongolie à qui le Dalaï-Lama a d'ailleurs confié la mission de sauvegarder et de continuer à faire vivre cette religion qui leur est commune.

Autocollants, sacs, t-shirts SAVE TIBET. Propagande de boycott des produits chinois. Affiches dénonçant les massacres perpétrés depuis 50 ans contre les habitants de ce qui n'est, aujourd'hui, qu'une province d'un empire puissant qui marche d'un pas lourd et aveugle sur ces terres qu'il croit siennes.


Au resto, spécialités culinaires venant du froid : grosses raviolis ébouillantées contenant de la viande ou du fromage, pâtes faites maison, chou qui sent bon l'hiver, thé au citron, gingembre et miel.

Discussion avec des moines tibétains

Par hasard, nous retrouvons les amis israéliens dont nous avons fait la connaissance à Amritsar. Ayant déjà fait le tour du village, ils nous conseillent sur ce que nous pouvons y faire. Demain, nous commencerons des cours de massage ; aujourd'hui, nous les suivons pour converser en anglais avec des moines en exil. Tandis que ceux-ci améliorent leur niveau dans cette langue qui leur est désormais indispensable, nous en apprenons beaucoup sur leurs conditions de vie passées et présentes.

Etant la cible privilégiée de la répression chinoise au Tibet, ils ont choisi de quitter leur famille, leur pays, leurs racines, pour rejoindre l'Inde par tous les moyens. La plupart d'entre eux est venue à pieds, suivant les pas du Dalaï Lama, marchant de nuit sur la chaîne de l'Himalayah derrière un passeur que chacun a payé entre 80 et 150 euros pour la traversée. L'un d'eux m'a dit qu'il n'oubliera jamais ces 26 jours de froid, de faim, de solitude, de peur durant lesquels il a dû mobiliser une quantité incroyable d'énergie quand la fatigue prenait le dessus. Cela, je ne l'ai jamais vécu, j'ai de la peine à imaginer cette souffrance, que j'entrevois pourtant un bref moment en l'écoutant parler.

Mais aujourd'hui, il se sent en sécurité. Les Indiens se montrent accueillants et tolérants, soutenant cette communauté de mieux qu'ils le peuvent, s'opposant ainsi à la Chine, leur grand rival asiatique.

Concert de musique tibétaine

Plus tard, une école primaire nous ouvre ses portes afin de nous présenter un concert de musique traditionnelle. (voir la vidéo au bas de cet article). Le but de l'opération : faire revivre la culture tibétaine que l'exil et la politique chinoise font disparaître rapidement ; lorsqu'elle ne sera plus que folklore, cet Etat cessera d'exister. Sa fin est également précipitée pour d'autres raisons. La prochaine réincarnation du chef des Tibétains ne pourra être connue car le dernier Panchen-Lama, dont le rôle est de la désigner, fut fait prisonnier en 1995 par cet Etat qui se veut toujours plus grand.

La communauté internationale, représentée notamment par les touristes que nous sommes, est consciente de ces problèmes et espère faire pression sur le gouvernement chinois afin que cesse la destruction de ce peuple.

Une carte de la Chine :
en brun, les territoires qu'elle occupe (dont la Mongolie du sud et l'est du Turkistan),
en vert les zones contrôlées militairement ou politiquement,
en jaune les territoires qu'elle réclame.


Les jours passant, les discussions aidant, nous y voyons plus clair dans le jeu auquel nous souhaitons prendre une part active. Ce que les Indiens nous en disent : d'abord, il semblerait que trop d'exilés tibétains ne vivent que des aides financières sans trop chercher à sortir de leur situation d'assistés.

Quelques tensions entre les Indiens et les Tibétains

Mc Leod Ganj, en plus d'être la capitale du Tibet en exil, est une ville touristique ; lorsque la communauté des réfugiés politiques en interdit l'accès aux étrangers, paralysant ainsi toute activité commerciale dans le seul but de faire parler d'elle, des tensions naissent du côté des Indiens qui, disent-ils, se trouvent obligés de puiser dans leurs maigres économies et sont à deux doigts de fermer boutique tandis que leurs voisins s'empiffrent comme des cochons grâce aux ONG, persuadées de bien faire, mais aveuglées par leur bonne volonté et leur bonne conscience. Ceci dit, la cause nous semble juste.

Ce qui se passe au Tibet depuis 50 ans

Nous participons à une réunion informative sur le soulèvement de mai 2008 qui fit des ravages chez les Tibétains, et en particulier chez les moines. Tortures, suicides, décès du fait des violences policières. Le gouvernement chinois interdit toute pratique religieuse, s'attaque à la culture, à la langue, à ce qui fait l'unité de cette nation.


Durant les jours de conflit de l'année dernière, toute communication fut coupée : les monastères se trouvèrent isolés les uns des autres, le réseau Internet fut coupé et les journalistes eurent interdiction formelle d'enquêter sur ces manifestations spontanées qui embrasaient tout le pays. Nous sommes choqués par la violence inouïe des images qui défilent sur l'écran télé. Discussion, débat. Antoine informe les témoins et les victimes de ces horreurs du fait que des compagnies telles que Yahoo, Skype et Google collaborent activement avec ceux qui les ont chassés de chez eux. Ils ne le savaient pas. Ils apprennent aussi que l'information circulant sur Internet, dans les journaux, à la télévision, est fortement contrôlée dans toute la Chine, (pas seulement au Tibet), et c'est pourquoi ses habitants méconnaissent la situation réelle qui règne dans ce territoire qu'on leur dit être une province soumise et heureuse de l'aide que lui apportent les colons. De retour dans notre chambre d'hôtel, nous leur envoyons le logiciel qui permettra à leurs compatriotes restés au pays d'avoir accès à l'Internet libre et mondial.

En visite à la clinique de médecine traditionnelle tibétaine

A nouveau, nous tombons malade, Antoine le premier (je vous épargne les détails). L'altitude, le temps orageux, les conditions d'hygiène laissant à désirer dans certains restaurants, le changement de climat, les séquelles du précédent épisode grippal, tout ceci nous conduit dans la clinique de médecine traditionnelle. Nous y trouvons un groupe de Russes en excursion, tous en bonne santé, mais souhaitant se purifier. J'entre dans le bureau de la praticienne. A mon grand étonnement, elle m'écoute attentivement, sans me couper la parole, ni sembler impatiente de voir la fin de mon récit arriver ; elle me prend le poignet afin de mesurer mon pouls avec les trois doigts médians de sa main droite. Elle se concentre, me dit que j'ai une basse énergie. Enfin, elle me préconise certains aliments, m'en interdit d'autres, et me recommande différentes boules marron au goût affreusement amer que je devrai mâcher puis ingurgiter avant chaque repas pendant cinq jours.


Notre corps, au-delà de ce que l'on en sait en Occident

Mais les cours de massage sont chers et non remboursables, alors nous faisons notre possible pour y participer. Et puis nous ne souhaitons pas rester dans cette ville trop longtemps. Chaque jour, nous abordons une partie du corps différente. Nous abordons ainsi des sciences aux noms barbares tels que "réflexologie", "auriculogie" (chaque partie de notre corps serait reliée à un point de l'oreille, exactement comme sur les mains ou sur les pieds). A cette occasion, notre professeur, Mahinder, nous parle des tatouages et des piercings : certains endroits seraient à éviter absolument. Le petit bout de chair qui protège le conduit auditif externe de l'oreille et qu'on appelle tragus, serait directement relié au cerveau. Le percer entraînerait des pertes de mémoire conséquentes et d'autres complications. De même, c'est dans notre poitrine que siège notre moi le plus profond, c'est pourquoi les tétons doivent être laissés tels quels. Enfin, un piercing au nombril, d'où s'exprime notre aura, pourrait la toucher de façon négative.

Lors d'une autre séance, il nous dit que chaque couleur possède son énergie propre. Ensemble, elles sont complémentaires, c'est pourquoi, porter chacune d'elles régulièrement peut nous aider à trouver notre équilibre. Nous devons donc changer nos habitudes en nous tournant, parfois, vers celles qui ne nous tentent pas à priori.

Cours de massage avec nos amis Erez, Yara et le professeur Mahinder

Enfin, nous faisons aussi un peu de yoga, tôt le matin : enchaînement de postures pas toujours confortables, mais soumettant notre corps à des étirements qui lui font du bien, et nous le sentons après la "salutation au soleil" et le quart d'heure méditation après lequel la journée peut vraiment débuter.

Nous n'essayons pas le reiki, les cours sont trop chers pour qu'ils ne représentent pas une arnaque, d'autant plus que le formateur me semble louche. Nous suivons nos intuitions, nos impressions, et ne nous lançons plus dans des expériences hasardeuses dans lesquelles nous ne nous sentons pas à l'aise.

Une petite funambule

La mendicité à McLeod Ganj

Le dernier jour, alors que je me promène seule, des femmes, qui étaient toutes ensemble il y a tout juste une minute, se dispèrsent rapidement. L'une d'elles m'aborde, son bébé dans les bras, comme ses semblables. (Est-ce le sien ?) Elle me demande d'acheter du lait pour son enfant, à 250 roupies le litre (ce prix me semble exhorbitant par rapport au coût de la vie, il est probablement exagéré), et même de payer directement l'épicier qui lui fournira la marchandise. Ils sont probablement de mèche. Je le sens à sa façon d'être, de se comporter, de me regarder, de me parler : je ne suis qu'un stupide porte-feuille. Je refuse sans la brusquer. Un cordonnier attend qu'on lui fournisse du travail, je lui prête mes sandales qui ont besoin, à nouveau, de soins particuliers. Je m'assieds près de lui ; il me parle de sa famille, se plaint, me demande d'acheter du lait pour ses deux bébés. Ben voyons ! C'est drôle, on ne me l'a jamais demandé ailleurs ! Deux hommes s'arrêtent devant moi, me parlent du temple d'or qui fait office d'ONG locale, (effectivement, ils font du bon boulot) ; ceux-là prétendent jouer les intermédiaires entre les généreux donateurs et l'organisation. Je suis allée à Amritsar, j'ai déjà cotisé, désolée ! L'artisan, entendant cette conversation, intervient, insiste pour que je leur verse un petit quelque-chose. Non mais de quoi j'me mêle ! J'te demande de réparer mes chaussures, et pas autre chose ! Alors que je pensais lui laisser un peu plus que négocié pour le bon travail qu'il a fourni, je m'en vais, furieuse. En remontant la rue étroite, évitant de justesse les voitures, les rickshaws et les motos qui se lancent en klaxonnant, une femme, une copine de celle que j'ai croisée à la sortie de l'hôtel, me demande encore du lait. Je n'en peux plus de cette ville !!! Quand il y a tant de touristes, tout le monde se fait mendiant !

Spécialités indiennes, chinoises, russes

La suite...

Bientôt, nous quitterons la ville pour la vallée Parvati, au pied de l'Himalaya, en compagnie de nos amis israéliens et d'un couple de Canadiens.

Vidéo de musique traditionnelle tibétaine :

video