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projet d'échange culturel basé sur les jeux autour du monde,
que nous avons réalisé de décembre 2007 à juin 2009.

jeudi 25 juin 2009

Amritsar, capitale des sikhs

ਹਰਿਮੰਦਰ ਸਾਹਿਬ
(Temple d'Or)

(imprégnez-vous de l'ambiance du Temple d'Or en cliquant sur la vidéo placée au bas de cet article)

Amritsar représente le coeur du sikhisme. La ville abrite en effet son lieu le plus saint : le Temple d'Or. Ce sont nos amis, Anna et Sacha, que nous avons rencontrés en Chine puis en Thaïlande, qui nous ont conseillé cet endroit. Ils y ont trouvé une ouverture d'esprit et une tolérance rarement constatées à ce point en Inde où, pourtant, ce n'est pas ce qui manque. Et puis les vêtements des sikhs seraient magnifiques, évoquant la colonie britannique d'antan, telle qu'on pourrait se l'imaginer d'après les gravures datant de cette époque.

Dans le train, on nous pose cette question : "Pourquoi en France, vous n'aimez pas les sikhs ?" Eh oui, souvenez-vous, en septembre 2004, à Bobigny, trois jeunes sikhs furent exclus de l'école à cause de leur port du turban, à la suite de quoi, ils portèrent l'affaire devant les tribunaux.
Un article relatif à cet événement ici
Nous parlons de laïcité, du voile islamique, et de ce que les sikhs, très discrets en France, n'étaient pas visés, au départ, par cette loi.
Un autre article à ce sujet

Notre guide de voyage nous informe qu'il serait possible d'être logé et nourri gratuitement dans ce lieu saint. Les autres touristes nous le confirment et, même, nous y encouragent. Nous nous installerons donc dans le dortoir réservé aux étrangers. Ce site, à l'architecture indo-arabe, est immense, et ses visiteurs particulièrement nombreux. C'est signe que la prochaine nuit brillera des lumières de la pleine lune.


Avant de pénétrer dans l'enceinte, nous devons ôter nos chaussures et nous couvrir la tête d'un tissu. Vêtue de mon salwar kamiz et les cheveux cachés par un voile, je me fonds facilement dans la masse colorée des Indiennes, tant et si bien que je peux lire parfois une grande surprise sur le visage de certaines lorsqu'elles découvrent, par inadvertence, la supercherie. Elles poussent alors du coude leurs voisines, que la stupefaction ne tarde pas non plus à gagner. Echange de rires, de sourires, quelques mots parfois.


Quand nous marchons pieds nus autour du bassin, au milieu duquel trône le fameux Temple d'Or, nous ne sommes jamais seuls ; des pélerins curieux se joignent à nous, même quand ils ne parlent pas l'anglais. Le premier, nous le savons, veut de l'argent Tu me donnes une pièce de ta monnaie ? C'est pour ma collection. - Nous venons de Serbie, tu ne pourras pas l'échanger, lui répondons-nous. Ca nous amuse de nous donner pour origine des pays qu'ils ne connaissent pas. Un autre homme s'approche brusquement de nous et nous prend à notre propre piège : D'où tu viens ? - Moldavia - C'est quoi la devise ? - Euh... Krone - Ca vaut combien ? - 25 roupies. Il part sans rien ajouter. Une vieille femme veut venir avec nous en France T'as ton passeport ? Ton visa Schengen ? Si tu veux, je peux te mettre dans mon sac à dos ! L'humour dépasse les frontières, il nous permet de communiquer plus facilement.


Les jeunes garçons sikh, quand ils sont jeunes, portent un foulard serré sur la tête, noué en boule sur le haut du crâne. Plus tard, leur turban est plus élaboré. Cette coiffe leur permet de maintenir ces cheveux qu'ils ne doivent pas couper ; adulte, leur barbe devra rester apparente. Ils portent sur eux quelques signes distinctifs de leur religion : un bracelet en fer nommé kara, un "kang" (peigne dans les cheveux) et un "kirpan" (petit poignard symbole de délivrance contre les différents oppresseurs contre lesquels ils ont du se battre).

Au centre du bassin, le Temple d'Or

A midi, nous nous rendons à la cantine, que nous repérons d'après le vacarme provoqué par les cliquetis de vaisselle en métal qu'on distribue, utilise ou jette dans des bacs faits de la même matière. Nous entrons tandis que d'autres sortent ; nous attendons notre tour derrière la foule nombreuse enturbannée ou voilée. Des volontaires nous distribuent à chacun une assiette divisée en trois parties, un verre, mais pas de couverts. La collation n'est pas gratuite, son prix est libre : nous faisons un don. Après avoir monté les escaliers, nous découvrons une salle à manger gigantesque, remplie de pélerins assis à même le sol, le plus souvent en tailleur, disposés en rangs. Quand une ligne se libère, on nous la désigne pour que nous y prenions place. Lorsque notre groupe est bien installé, un homme tenant à la main une marmite chaude, sert à chacun, à la louche, sa ration de lentilles. Lui succède un volontaire qui nous offre des vermicelles bruns et sucrés. Enfin, on nous distribue (ou plutôt, lance à notre intention) des chapatis.


Nous imitons nos voisins, formant un bol avec nos mains afin d'y recevoir la galette de pain de laquelle nous déchirerons de petits morceaux qui, habilement pliés, nous servirons de petites cuillères. Comme toujours, nos voisins nous regardent faire avec amusement et curiosité, corrigeant nos manières si besoin. Drôle de sensation que celle de manger à terre, au milieu d'une foule identique à nous. Organisation gigantesque qui peut donner le tournis. Nous, qui avons habituellement droit à certains privilèges en notre qualité de blanc, sommes traités d'égal à égal avec tous ceux qui sont ici. Les plus miséreux reçoivent ici de quoi se nourrir, grâce aux dons légués par les visiteurs du lieu saint, mais aussi, à distance, par les nombreux émigrés que compte cette communauté.

Avant d'aterrir sur ce sous-continent, j'ai lu un ouvrage intitulé Fous de l'Inde. L'auteur y parle du sentiment océanique que le voyageur peut éprouver en évoluant dans ce pays. Il y décrit précisément ce que je ressens en ce lieu. Un impression intense d'appartenir à la foule qui m'englobe, de n'être qu'un maillon de la chaîne, de ne plus être une étrangère. Les nationalités n'existent plus, les castes non plus. Antoine me dit "En fait, c'est du communisme !" Oui, avec la liberté en plus. Ici, nous avons le droit d'aller au restaurant, de sortir du temple sans courir le risque de devenir prisonnier politique.

Perdus dans nos pensées, nous mangeons trop lentement. Nous devons nous dépêcher, car d'autres attendent leur tour au bout de la salle. Notre rangée se défait aussi rapidement qu'elle s'est formée. Des volontaires recueillent notre vaisselle qu'ils se passent de main en main afin que le dernier maillon de la chaîne la lance dans un bac qui, lorsqu'il sera plein, sera acheminé vers une équipe de bénévoles qui se charge de nettoyer son contenu. Près de la sortie, en face des lavabos où nous nous lavons les mains, des pélerins épluchent des légumes et des épices. Ce manège semble incessant. Nous aurions pu encore nous laisser bercer par le mouvement, mais décidons, pour cette fois, de sortir après un seul tour.

Les produits Coca-Cola sont à prix coûtant ici (enfin il paraît) !

Nous continuons la visite. Partout, des hauts-parleurs diffusent les prières chantées continuellement par un ou plusieurs hommes accompagnés de percussions. Cette musique, par sa constance, prête au calme et au bien-être ; car omniprésente, elle représente, pour moi, l'âme du Temple d'Or.

Nous pénétrons dans une salle abritant un poignard sacré. Les pélerins prient devant le coffre refermant l'objet de culte et, parfois s'installent pour un moment sur le vaste tapis qui fait face à la foule des passants. On y discute, s'y repose, médite un peu, au risque de s'y endormir pour de bon, comme il arrive à certains.

On se repose, tranquille

Près de la porte de sortie, un barbu offre gracieusement de la semoule sucrée présentée dans une grande gamelle. Quand nous présentons nos mains, il nous sert, à la louche, une boule de cette préparation délicieuse. Le couvert et le logis ne sont plus un souci pour nous. C'est ainsi que, libéré de toute contrainte matérielle, le visiteur peut s'adonner à des occupations hautement spirituelles.

A la nuit tombée, nous retrouvons le dortoir dont nous apprécions l'anonymat ambiant. Nous sommes entre étrangers. Autour de nous, des Anglais, des Israéliens, un Sud-Coréen, un Chilien, un Allemand, une Australienne, une Française. Personne ne fait attention à nous. C'est reposant, mais aussi un peu étrange. Impression soudaine d'être quelque-part en Europe, ou plutôt entre deux mondes, dans une autre dimension : ni ici, ni là-bas. Le ventilateur de plafond qui menace, au lieu de s'envoler, de tomber mollement sur mon lit, me rappelle où nous sommes, de même que les deux gardiens enturbannés qui veillent au bon fonctionnement des lieux.

Aujourd'hui, le festival de la pleine lune bat son plein ; la foule est dense, nous la fuyons. Dans la rue, une musique nous attire dans une chapelle hindoue.

dans une chapelle hindoue

Lorsque nous donnons une offrande au Dieu prié en ce lieu, l'homme qui nous a invité à entrer bénit notre union d'un bracelet rouge et jaune que nous porterons pour l'un au poignet droit, pour l'autre, au gauche. Il nous gratifie ensuite en collant sur notre front un petit point de pâte rouge mélangée à quelques grains de riz.

De retour dans le dortoir, nous trouvons quatre grands enfants jouant au cricket sur et entre les lits. Ceux-là, qui nous semblent bien sympathiques, nous proposent d'assister à la célèbre et festive cérémonie de fermeture de la frontière indo-pakistanaise, à 30 km de là. Notre couleur de peau ainsi que notre passeport nous permettent d'accéder à la zone VIP : au plus près de la barrière encore ouverte.

Cérémonie de fermeture de la frontière indo-pakistanaise

L'entraînement a commencé. Comme de nombreux autres joueurs, nous nous y joignons. Au centre de toutes les attentions, au bas des gradins, des femmes dansent sur de la musique populaire.

Les danses avant le début du match
(la vidéo en bas de l'article)

Attention, début du match.
Tout le monde y participe, car plus on est nombreux, plus on est sûrs de gagner. L'enjeu est de taille, il y va de l'honneur de la nation entière. Nous nous tenons à une place stratégique, tout près du filet. L'entraîneur se tient prêt, il est concentré.

L'entraîneur

A son signal, tous s'exclament en choeur "Hindoustan Zindabai !" (Vive l'Hindoustan, patrie des hindous), un autre de ses signes nous fait lever les bras pour former une ola censée impressionner le camp adverse qui rivalise d'enthousiasme. La compétition est serrée. En face de nous les drapeaux s'agitent avec autant de ferveur que de notre côté.

La foule colorée indienne

Seconde mi-temps. C'est maintenant que tout se joue. Les gardes s'élancent d'un pas sans équivoque, claquant le bitume avec fierté, portant leurs bottes noires laquées au plus haut et au plus près du visage ennemi qui affiche la même détermination dans le mouvement.

Les gardes-frontière indiens

Les regards noirs se croisent au demi-tour. Puis, c'est la descente des drapeaux que surveillent des milliers de pupilles, attendant avec excitation que l'un d'eux flotte plus haut que l'autre même quelques dixièmes de seconde, tandis que les gradés veillent à ajuster leurs rythmes qui se doivent d'être parfaitement égaux.


Au fond, le Pakistan

Nous observons la partie adverse. Yara, notre amie israélienne dont les parents sont originaires du Yémen, compare ces Pakistanais à ceux qu'elle avait vus il y a six ans, lors d'un précédent voyage. Les deux sexes sont toujours séparés, mais les femmes ne forment plus ce bloc noir qui l'avait effrayée. Aujourd'hui, la gente féminine est majoritairement colorée, Nous nous étonnons de voir que certains de ses membres sont même habillés à l'occidentale. Les temps changent.

Des touristes asiatiques

Retour dans la jeep louée avec huit autres personnes, dont des touristes Indiens. Nous dînons ensemble. Le Londonien qui nous accompagne a un accent à couper au couteau, mais Erez, l'ami de Yara qui a vécu quelques années dans la capitale anglaise avant de rejoindre l'Israël, le comprend bien. Nous n'en saurons pas plus.

Dernier jour au temple d'or

Soumise à une alternance de chaud (température extérieure) et de froid (pieds nus sur des sols carrelés, ventilateur allumé la nuit), je tombe à nouveau malade. Une longue journée de repos s'en suit.

Antoine avec notre ami londonien à l'intérieur du Temple d'Or

Par mail, une journaliste nous contacte, intéréssée par notre expérience de wwoofing en Pologne. Je la rappelle. Il s'agira d'exposer un point de vue négatif du concept pour l'émission "Envoyé Spécial". Je lui expose mes souvenirs, essayant de nuancer les choses. Elle n'en donnera pas suite.

Après trois nuits passées dans le dortoir du Temple d'Or, nous devons céder notre place à d'autres touristes. Un hospitalien habitant Amritsar, en réponse à notre demande formulée quelques temps auparavant sur internet, nous offrira de vivre avec lui et sa famille pendant deux jours.


Chez un hospitalien à Amritsar

Rencontre devant un café-pâtisserie proposant de nombreux produits venant de l'étranger, et notamment des chocolats de marque. Nous en profitons pour en acheter une boîte, que nous offrirons à Kanwaljit en signe de reconnaissance. Il arrive dans une voiture neuve, couleur métalisée, grande, silencieuse. Nous présumons qu'ils vivent dans le confort, et nous en réjouissons déjà. Il porte un turban bleu sur la tête et parle très bien l'anglais, tout comme son fils, dont la coiffe est également sikh : une tresse remontée sur le haut du crâne. Antoine entame la conversation, la continue seul, la relance, la termine. Je viens à son secours, mais rien n'y fait. Notre hôte se montre décidément peu loquace. Ca viendra, peut-être est-il simplement timide.

Quartier résidentiel, un gardien à l'entrée, une maison immense, bien plus grande que ce que nous pouvions nous imaginer. Nous dormirons dans la suite réservée aux invités : une chambre avec salle de bains privée. Quel luxe !

Son fils se colle littéralement devant la télé, nous nous demandons même comment il peut voir la totalité de l'écran à la distance où il se trouve : 10 cm à peine ! Et puis le son de cette émission japonaise commentée en hindi est assourdissant !

Sa fille est âgée de 12 ans ; elle parle l'anglais comme s'il s'agissait de sa langue maternelle. Nous sommes un peu perturbés par cette inversion des rôles : ce sont nous les pauvres, et nous qui cherchons nos mots !

Son épouse, que nous prenons au premier abord pour l'aînée de ses enfants, nous souhaite la bienvenue. Elle vient d'ouvrir une boutique de vêtements sur mesure dont chacun est une petite oeuvre d'art ; elle peint les tissus elle-même, puis offre à ses employés de confectionner la tenue selon les inspirations de l'artiste, ainsi que des envies de sa cliente.

Enfin, nous faisons la connaissance du grand-père paternel, il ne parle pas anglais, mais semble très heureux de nous voir. Sa longue moustache me plaît beaucoup, tout comme sa barbichette.

Les sikhs seraient connus pour aimer bien boire et bien manger. Mais ils ne fument pas. Apéritif à base de whisky sec, suivi d'un repas composé de chapatis (bien sûr) et de riz assaisonné d'une sauce aux pois chiches.

Nuit douce, les draps sont propres, le lit est grand.

Le Temple d'Or est présent partout à Amritsar, même dans les maisons

Cinq heures du matin, musique du "Golden Temple" à fond dans toute la maison. Ca dure deux heures, le temps que la petite famille, dont nous faisons aujourd'hui partie, se réveille. Les enfants sont à l'école. Au petit-déjeuner, chapatis avec du curd (sorte de yaourt). Deux femmes de ménage s'affairent dans la cuisine. Nous profitons d'internet, discutons avec des amis et de la famille sur Skype. Nous nous promenons avec le grand-père, muet lui aussi, mais souriant. Il nous montre le jardin, ses plus belles fleurs, ses plus belles roses.

15h30, les enfants sont de retour. Coupure d'électricité. Eh oui, tout le monde est logé à la même enseigne finalement ! Partie de badmington dans la cour, Antoine fait du vélo avec le petit garçon capricieux qu'il éduque un peu par la même occasion. La lumière revient. Nous faisons deux clafoutis : mangues et bananes. Un délice !

Le lendemain matin, nous partirons vers Mc Leod Ganj, la capitale du Tibet en Inde.

En attendant le prochain article, je vous invite à lire cet autre récit de voyage dont, je pense, vous apprécierez l'écriture ainsi que les photos : ici

Un beau sourire pour terminer !
(préparation de chapati dans un resto)



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