Vous êtes ici dans la partie "carnet de route" du
projet d'échange culturel basé sur les jeux autour du monde,
que nous avons réalisé de décembre 2007 à juin 2009.

lundi 15 juin 2009

dans le Kerala




Chers lecteurs, je vous ai préparé une jolie petite carte pour que vous voyiez mieux où nous sommes allés, dans le sud de l'Inde dans un premier temps.

Cliquez d'abord sur l'image pour l'agrandir (faites un clic droit dessus "Ouvrir le lien dans une nouvelle fenêtre").

Les numéros en rose, reliés par des traits bleus correspondent à chaque étape de notre voyage :
1 Bombay
2 Palolem (Goa)
3 Gokarna (plage)
4 Hampi (cité antique)
5 Mysore (ville de la soie imprimée)
6 Bangalore (capitale de région, hypermoderne)
7 Sathyamangalam (Aide et Action)
8 Nilgiri Hills (plantations de thé)
9 Thalassery (Kerala, ville coloniale)
10 Kasaragod (une ville qui ne sert à rien)
11 Bombay


La région du Kerala tient son nom de la traduction locale de "noix de coco". Et effectivement, depuis les fenêtres du train, entre les canaux, nous en voyons de belles plantations. Une autre particularité : cette province est dirigée par des communistes. C'est la seule dans ce cas en Inde.

Halte à Thalassery / Tellichery. C'est un port qui fut dédié à l'export des épices à l'arrivée des Anglais en 1683. Là, nous visitons le fort, stratégiquement positionné en bord de mer, admirons aussi la récente église dite arménienne en référence à son style architectural.


La ville est également célèbre pour ses biscuiteries et son cirque. L'influence de ces colons est si forte que nous sommes étonnés de ne pas croiser leurs fantômes dans la prestigieuse école pour garçons parmi lesquels pourrait tout aussi bien figurer Harry Potter. Nous sommes hors du temps, dans une époque lointaine et inconnue de nous, entre des murs qui nous renvoient à un autre continent, à mille lieux d'ici. Sous ces chaleurs, l'imagination se débride, s'amuse. Pour l'arrêter, nous devons nous reposer dans un cyber-café où la ventilation nous importe plus que les objets numériques disposés dans la salle.

Spectacle de cirque. D'abord, des jeunes femmes vêtues de tenues très courtes défilent. Les jeunes hommes, qui ont bien pris soin de s'installer au premier rang, se régalent, d'autant plus qu'ils n'ont pas l'habitude de voir ces formes qui, habituellement, se cachent sous des tissus amples et légers. Puis, nous découvrons des tours qui, en France, s'ils ne sont passés de mode, ou relégués au rang de loisir du dimanche, sont exécutés par des amateurs ou semi-professionnels dans des festivals d'art de la rue. Jonglage à trois puis quatre balles, monocycle, équilibrisme sur vélos, funambulisme, voltige équestre.

Une artiste défie son équilibre en montant sur une échelle. Les autres se tiennent tout autour, prêts à la rattraper s'il le faut

Parmi les numéros, toujours introduits par des nains-clowns, nous découvrons un artiste original, qui manie une drôle de toupie comme un diabolo ! Il y a aussi toutes sortes d'acrobates et de dresseurs d'animaux : chiens, chevaux, chameaux, éléphants qui n'obéissent pas au sucre, mais au fouet (à l'ancienne!).


Puis, tout près de l'orchestre, trois motos s'élancent dans un globe en bois dans lequel elles tournent en s'évitant toujours de justesse. Enfin, le clou du spectacle : de sympathiques trapézistes sortis, encore une fois, d'un autre temps.


Finalement, nous trouvons tout cela divertissant et plus impressionnant que ce que nous pouvons voir par chez nous où les artistes, quoique brillants, nous sont moins proches que ceux que nous avons devant les yeux et qui, comme nous le serions à leur place, oublient de sourire afin de mieux se concentrer sur leur exercice.

Afin de mieux supporter la chaleur, nous décidons de nous acheter quelques vêtements indiens, probablement mieux adaptés à ce climat que ceux que nous portons. Pour Antoine, ce sera un doti (un drap dont les hommes entourent leurs jambes, formant ainsi une jupe longue ou courte s'ils le remontent au-dessus des genoux), pour moi, un salwar kamiz, qui n'est en fait pour l'instant qu'un morceau de tissu que je devrai amener chez le tailleur afin de le confectionner.

Moi, avec des hommes vêtus de doti

Mais les vêtements ne suffisent pas à nous rafraîchir ; notre peau sur les mains et sur les bras s'assèche de façon inquiétante. La lèpre est si courante que je me demande si je ne l'ai pas contractée moi aussi. Je vérifie ce qu'il en est sur internet et comprends que ma peur n'a pas de raison d'être. Mais puisque la médecine ayurvédique est particulièrement réputée dans la région, nous en profitons pour acheter de quoi soigner mon épiderme. Un pharmacien me prescrit une crème grasse et réhydratante, tout en me disant que la seule chose à faire est d'attendre la saison des pluies. Au restaurant, nous constatons qu'ici cette "science de la vie" est utilisée au quotidien : l'eau qu'on nous sert est rosée, car infusée dans un mélange de racines.

Toujours dans le Kerala, nous poursuivons vers Khanangad, afin de rejoindre un centre de méditation, ou ashram, où nous espérons séjourner quelques jours.

Arrivés dans cette petite ville, nous devons nous occuper d'acheter nos billets de train vers Mumbai. Tout est plein, notre seule chance est d'aller à Kasaragod pour bénéficier des places réservées aux touristes étrangers.

Un équilibriste achetant son billet de train

Comme il est tard, c'est dans cette ville que nous passerons la nuit. Mais pas de chance, je tombe à nouveau malade. Mêmes symptômes qu'à notre arrivée dans le pays. A la clinique de la ville, comme nous sommes des invités de marque, on nous fait passer devant toutes les femmes lugubres vêtues de burkas noires doit parfois on ne distingue même pas le sens (propre ou figuré). Elles sont en groupe, toujours séparées des hommes. Lorsque, en attendant, je m'assieds sur une chaise disposée dans le coin masculin, c'est le choc. Mais, étonnament, rien ne se passe. Seules quelques-unes me regardent en murmurant d'un air mauvais. Les autres ne s'en préoccupent pas plus que ça. Ailleurs, la plupart des femmes indiennes sont colorées et joyeuses, quoique vêtues de vêtements plutôt amples. Dans les grandes villes, certaines portent des jeans serrés et des chemisiers plutôt courts, mais cela ne semble déranger personne. L'Inde nous apparaît comme un pays assez tolérant. La culture, avec ses traditions, est forte mais personne ne semble forcé de s'y conformer (je ne me prononce pas pour les familles de musulmans intégristes, je ne sais pas ce qu'il en est).

De sombres femmes indiennes

Comme à Mumbai, le médecin, assisté d'une infirmière, m'ausculte au-dessus de mes vêtements. Mais ici, il ne m'adresse la parole qu'en cas d'extrême nécessité, préférant parler à Antoine plutôt qu'à moi de ce qui me concerne. Dans les autres régions de l'Inde, la femme me semble mieux considérée que dans celle-là.

Vu mon état, je décide de rester me reposer au lieu d'aller à l'ashram. Antoine ira seul. Je déménage dans un hôtel de luxe où les draps sont propres, la télé marche bien et le téléphone est à disposition à toute heure, tout comme le garçon de chambre que j'appelle parfois pour qu'il m'amène de l'eau bouillante et légèrement rosée.

Le lendemain, Antoine me téléphone depuis le centre de méditation : "Tu sais, je me sens bien dans cet ashram ; j'ai enfin trouvé la réponse à mes questions. J'ai besoin de rester un peu plus longtemps que prévu en compagnie de mes frères et soeurs. Peut-être un mois, peut-être plus." Je perçois dans sa voix un rire qui aimerait bien éclater. C'était bien essayé.

Deux jours plus tard, je suis rétablie. Antoine revient, plein d'une nouvelle énergie. C'est aujourd'hui que nous partons pour Mumbai. Comme prévu, le garçon de chambre nous rend le linge que nous lui avions laissé en arrivant afin qu'il nous le nettoie. Je vérifie, et constate qu'il est dans le même état (voire pire) qu'au départ. "Nous ne faisons pas les sous-vêtements" - "Mais... vous ne pouviez pas nous le dire plus tôt ?!" - "Bah non, le premier jour, c'était dimanche, et après, c'était férié". Avec le recul, c'est amusant , mais sur le moment, nous ne rions pas du tout. A force de discussions, nous parvenons à faire laver quelques vêtements avant de partir vers la capitale du pays. Mais les Indiens n'aiment pas qu'on les brusque. Un de mes chemisiers sera coloré de noir sur toute sa moitié ; il est irrécupérable. Je me fais une raison, me dis que ça ne fait rien, il ne m'avait pas coûté bien cher au marché de Mumbai. Dommage quand même, je l'aimais bien.

Eh oui, l'Inde, c'est ça aussi. C'est au restaurant que nous nous trouvons le plus fréquemment dans ce type de situation. Un petit moment après que nous ayons tous deux commandé nos plats, seul l'un de nous a le privilège de pouvoir déguster son repas, et pendant ce temps, l'autre le regarde en salivant ; une heure plus tard, on vient nous annoncer que, finalement, le repas tant attendu n'est pas disponible et qu'il faudra demander autre chose. Ce sont des choses qui arrivent dans ce pays déroutant où rien n'est jamais sûr, où on peut facilement perdre ses repères, mais où, en même temps, on attend avec impatience ces petites surprises, qu'elles soient bonnes ou pas, car ce sont elles qui rendent la vie en Inde doucement épicée.

Tout à nos réflexions philosophiques, nous prenons le train en direction du nord, de l'Himalayah.