Vous êtes ici dans la partie "carnet de route" du
projet d'échange culturel basé sur les jeux autour du monde,
que nous avons réalisé de décembre 2007 à juin 2009.

samedi 20 novembre 2010

Le voyage, toujours en nous




Aujourd'hui, ce que nous avons vécu lors de ce voyage, ce que nous avons vu, découvert et retenu, de nous comme du monde, est toujours en nous. Notre regard est plus clair, nous savons mieux choisir les chemins que nous devons emprunter, et nous y marchons d'un pas léger, sans embûches (ou presque), sinon toujours avec détermination.



L'association "Et toi ? Tu joues à quoi ?" continue ses activités, à travers diverses animations autour du jeu, mais également à travers un second projet d'échanges ludiques, destiné à créer des rencontres entre enfants handicapés et enfants issus de cursus scolaires classiques pour, finalement, sensibiliser ces deux publics à l'autre, à celui qui est différent... mais peut-être moins qu'on ne le pense au premier abord.


Au niveau professionnel, Antoine a trouvé sa voie, moi aussi. Et tous les deux - me semble-t-il - sommes moins égoïstes, plus sensibles à notre environnement, plus solidaires. Nous nous sentons plus proches du monde qui nous entoure, de ce qui se passe dans certains pays qu'auparavant, nous ne savions même pas situer sur une carte.

Les sceptiques nous dirons que nous ne changerons pas le monde. Ils ont raison. Mais nous voulons continuer à rêver, à y croire. Sans quoi, rien ne changera jamais.


mercredi 14 juillet 2010

Bon anniversaire !

Il y a un an, à quelques jours près, nous sommes rentrés en France. Je crois qu'il est temps de l'accepter, et de tourner la page. Bizarrement, depuis que j'ai posé les bases de projets importants (déconstruits à notre départ et reconstruits aujourd'hui de manière plus belle et plus solide), je retrouve une certaine routine.

"Alors ? Pas trop dur le retour ?" -Non, pas au début. Ça vient au bout d'un an, le temps qu'on se rende vraiment compte qu'on est rentrés, et que c'est définitif.

Coup de blues.

dimanche 8 novembre 2009

Notre mariage, le 7 novembre 2009

Cinq mois après notre retour, nous nous marions.

Nous avions d'abord pris pour témoin la nature sauvage de Mongolie. Aujourd'hui, c'est officiel.







samedi 4 juillet 2009

Jeux du monde et jeux d'ici

Enfin, nous relions les deux bouts de notre fil rouge,
l'échange par les jeux.

Fin juin 2009, nous atterrissons dans deux classes où les élèves nous connaissent bien, et pour cause : tout au long de l'année, ils nous suivaient grâce à notre blog, jouaient aux jeux que leur apprenaient, par notre intermédiaire, leurs cousins du bout du monde.

D'abord, la classe de CP d'Anne Guesdon à l'école Paul Langevin... qu'a connu Antoine quand il était petit !

Nous mettons, pour l'occasion, les vêtements colorés que nous portions en Inde.

"Attrape le Thatukaram !"
Ce jeu, nous l'avions appris de jeunes indiens du sud. Leurs cousins français nous montrent qu'eux aussi aiment bien ce jeu, qui, nous le constatons, a parcouru bien du chemin, puisqu'ils en ont quelque peu modifié les règles. Ils s'en étaient rendu compte, et se demandaient ce qui clochait dans leur façon de jouer. Nous leur faisons agrandir les carrés du terrain de jeu, afin de rendre la tâche des chasseurs plus difficile, et que les oiseaux puissent enfin s'envoler !





"Devine combien"
... y a-t-il de cailloux au milieu ?

En petits cercles, les enfants jouent avec des cailloux, se demandent combien chacun en tient dans son poing, et font le total.



Petite séance diapos. Ils voyagent un peu, nous les aidons à imaginer ce qu'on ne voit pas derrière ces paysages, ces lieux, ces visages. Les bruits, les rires, la musique, le silence parfois, et puis les odeurs, les impressions, l'ambiance, la façon de se parler, de s'interpeller, de se toucher, de se regarder, d'aborder l'autre, de le voir.



"Et vous ? Vous jouez à quoi ?"
Afin de poursuivre l'échange, les enfants nous montrent un jeu qu'ils semblent adorer !




On regarde les photos collées aux murs, avec les petites légendes en-dessous. Ca commente, s'étonne, s'esclaffe parfois. Mais on ne touche pas avec ses doigts ! On touche avec les yeux !



Enfin, après avoir glané ça et là des histoires, Antoine en partage une, trouvée un jour au bord d'un chemin de terre, au pied d'un bel arbre, dont les longues et profondes racines, rejoignent nos forêts.

Un petit goûter avec Froggy, tout heureux de poser avec la maîtresse !

Heureux que l'échange ait bien marché, nous les remercions et partons voir une autre classe, celle des élèves de CM1 CM2 de Bruno Lapied, à l'école Pauline Kergomard.

Ces enfants, avec dans les yeux plein d'étoiles, nous proposent de parler d'abord de notre voyage. Prenant comme support une carte du monde, nous commençons. Mais rapidement, ils veulent nous poser des questions sur ces pays qu'ils connaissent presque mieux que nous, car, tout au long de l'année, chacun d'eux s'est penché plus particulièrement sur une région du monde de son choix, afin de la présenter au reste de la classe. Nous sommes réellement étonnés, bluffés par tant de connaissances, de curiosité intellectuelle et de maturité (nous supposons que les techniques pédagogiques, inspirées par C. Freinet, et en vigueur dans la classe, n'y sont pas pour rien). Ils nous amènent vers tous types de sujets : l'histoire de la Mongolie, la géopolitique, la culture. Ils veulent aussi mieux connaître les autres enfants que nous avons rencontrés (à quels jeux français ont-ils joué, lesquels ont-ils apprécié), et puis savoir comment nous nous sommes débrouillés dans telle ou telle circonstance. Nous trouvons cet échange très enrichissant.


Il fait beau, nous avons de la chance. Ils nous montrent un de leurs jeux favoris : Lions-Brebis, un jeu africain, dont ils ont adapté les règles pour qu'il ne fasse pas de blessés, car dans la règle originale, tous les coups sont permis ! En tous cas, ce jeu leur permet déjà de bien se défouler !


Puis, ils se transforment en poussins pour les uns, en poule pour le premier de la file, et en faucon pour le garçon seul, qui se met à essayer d'attraper le dernier poussin.


La journée se termine ainsi, gaiement. Pour nous, une page est tournée... ce qui ne nous empêchera pas de faire vivre l'association "Et toi ? Tu joues à quoi ?" en France, à travers d'autres projets, mais toujours avec le même but : que des publics divers, qui n'ont pas l'habitude de se côtoyer, se rencontrent, le temps d'un jeu, d'une après-midi, et plus si affinités

vendredi 3 juillet 2009

Réflexions, dans un train en marche

Envie de désordre,
envie de liberté,
envie de parler au voisin, comme ça, pour rien...
mais "cela ne se fait pas"
ne pas troubler
ne pas gêner
ne pas faire de vagues
attraper le train en marche
accrocher sa ceinture
serrer les dents
y croire.

Croire que c'est comme ça,
qu'on n'a pas le choix

croire que c'est ça la vie
qu'il ne faut pas la rater,

réussir sa vie
comme on réussit à copier un produit tout fait, parfait,
à la chaîne
dans une usine Nike au Viêtnam
pour gagner sa vie
... ou la perdre

jeudi 2 juillet 2009

Fête du retour




Nous préparons la fête du retour avec les parents Bureau.
C'est un peu le stress... mais ça promet d'être réussi !




Nous attendons une cinquantaine d'invités.



Sélection de photos, montage d'une vidéo, agrémentée de musique glanée sur la route.



Mon père, pour qui ce voyage ne fut que source d'angoisses, vient quand même.
Ma famille est là. Ca me fait très plaisir.

Petits fours, discours plein d'émotion, drôles de commentaires sur les diapositives qui défilent par thèmes, souvenirs, déjà.

mercredi 1 juillet 2009

Atterrissage !


Sur le quai, les parents Bureau nous attendent avec Théotime. C'est émouvant. Nous parlons beaucoup. Ce qui nous entoure ne nous est pas inconnu, c'était quelque-part dans notre mémoire, mais nous le voyons avec un regard neuf, comme si nous étions étrangers. Nous nous régalons d'un vrai petit-déjeuner et je pars en train, seule, vers Rouen. Un an s'est passé. Je me pose beaucoup de questions. Comment se passera le retour dans ma famille ? Mes parents accepteront-ils que je continue à mener ma vie comme je l'entends ? Une vieille frayeur... Je me suis habituée à une grande liberté. Comment vais-je ressentir mon intégration ? Toutes mes inquiétudes s'envolent au moment où je les aperçois. Je suis submergée de bonheur, d'émotion. Justine est là, et Mieszko aussi, toujours aussi grand et beau.

Vascoeuil

Nicolas et Elise rentrent à vélo. Ils sont un peu stressés, se marient dans six jours. Nous restons dehors, au soleil. Nous parlons beaucoup, rions encore plus. Dans la soirée, mon oncle préféré et sa famille arrivent. Quelle ambiance !!! Je parle du voyage, ils m'envient. La moto, la Russie, le lac Baïkal, la Mongolie, le Transsibérien. Dans cinq mois, nous nous marions. Ma robe ne sera pas blanche. Je l'ai achetée en Inde, elle est jaune et bleue. C'est la surprise. Pour moi, rien de choquant. Nous passons de bons moments, j'essaie de m'habituer petit-à-petit à cette nouvelle vie. Pour l'instant, l'effervescence autour du mariage de mon frère nous occupe l'esprit, même si nous sommes parfois un peu tendus à l'idée que nous soyons rentrés, que le voyage soit fini. Nous le vivons chacun différemment, séparément.


On nous parle beaucoup du voyage "Alors, c'est vous les grands voyageurs ? - regard plein d'admiration, d'envie, d'attentes - c'est super ce que vous avez fait ! Mais... c'est pas trop dur d'être rentrés ? Vous avez pas envie de repartir ?" Non, vraiment. "Allez, vous pouvez le dire..." Non, non et non. Nous faisons le plein de ce qui nous a manqué cette année. Nous sommes heureux d'être là. J'avais même hâte de rentrer. Un an, c'est long. Et puis, on atterrit encore, laissez-nous le temps. Cette question, que j'entendrai très souvent, me gêne un peu, car les gens semblent déçus de ma réponse. Ils semblent me dire que je n'ai pas ma place ici. Je lutte intérieurement contre l'image qu'on veut me donner de mon nouvel environnement. Je trouve le climat agréable, la nature pleine de vie, et les gens sympas. Je n'ai pas envie qu'on me persuade du contraire, qu'on me gâche le bonheur d'être rentrée. Le retour, c'est une partie du voyage. "Pas trop dur de se réadapter à la vie en France ?" On s'est adaptés constamment, chaque jour, à de nouvelles situations, pendant un an. La Normandie, le chômage, les convenances sociales, la langue, l'humour, les façons de danser, de se comporter : on connaît tout ça ! Alors pas difficile de s'y adapter. Et puis le voyage nous a appris à relativiser les coups durs, à gérer les situations où l'on peut se sentir gêné, tendu, incompris.

Bref, beaucoup de sous-entendus négatifs concernant notre retour... alors que nous ne le ressentons pas comme tel.



Petits bonheurs simples que l'on redécouvre : cuisiner, manger chez soi (et pas des trucs bizarres au resto...), des plats frais et légers, communiquer par l'humour, profiter de la vie culturelle, avoir un autre regard sur les choses, et s'en étonner. S'amuser du fait que le mot "chocolat" est à la mode. Se demander ce que désigne le mot verrine. Remarquer aussi qu'on est parfois naïfs, simples, qu'on a baissé notre garde, et qu'on le vit bien.

Ce blog parle de nous, de notre voyage. Je n'ajouterai rien qui relate la vie privée d'autres personnes. Sachez simplement que le mariage de mon frère fut un moment fabuleux et très émouvant. Revoir autant de personnes chères à mon coeur, c'est tout ce dont j'avais besoin, surtout lors d'une si belle occasion.

J'essaie de m'adapter à ma nouvelle vie moins sportive, plus intellectuelle. Le rythme est plus lent. Je m'ennuie parfois. J'ai besoin de dépenser mon énergie. J'occupe mon temps à organiser notre mariage (le thème sera "automne"), penser à des animations pour la fête que donneront les parents Bureau en notre honneur et... à trouver du travail (accessoirement, m'inscrire au Pole Emploi). Je rejoins Antoine chez ses parents, au Havre. Tranquillement, on s'insère dans la vie culturelle. Festival du "polar à la plage". Théâtre "noir" au conservatoire. On passe inaperçu. Ca fait tout drôle ! Antoine passe un entretien chez CEACOM pour devenir téléconseiller, et qu'on s'installe rapidement "chez nous". Pour l'instant, j'ai une piste pour être interprète en allemand dans la centrale thermique EDF, alors je me replonge dans cette langue. Et puis on reprend le sport, retrouvant notre bonne habitude strasbourgeoise de nous déplacer à vélo. Nous revoyons nos amis petit-à-petit, rencontrons enfin les bouts d'choux qu'on ne connaissait que par internet ! On nous parle de voyage, c'est normal. On me fait beaucoup parler, raconter des anecdotes.



Vision d'horreur : angles obtus, arbres sans vie, métal, acier, béton

Avant une soirée, nous passons faire quelques courses à Auchan. Là, c'est le choc : c'est immense ! tant de rayons, de choix !!! Comment s'y retrouver ? Trop de monde, d'ondes négatives palpables. La peur de l'autre s'insinuait doucement en moi, ici elle m'envahit. Misère sociale. Je ne peux m'empêcher de les regarder avec curiosité. Vêtements voyants, m'as-tu-vu, tu as vu comme je suis riche ? Obésité. Egoïsme. Arrogance. Je me sens mal à l'aise. Antoine s'énerve. Nous nous disputons. Tout le monde nous regarde et comprend ce qu'on se dit. Pression sociale. Nous nous souvenons finalement, qu'avant de partir, nous avions arrêté de fréquenter les supermarchés parce-que cet environnement nous fatiguait et qu'on finissait, presque toujours, dans ce même état d'esprit.



Pour un mariage, je porte mon salwar kamiz. Nous plongeons dans un autre groupe d'amis. C'est joyeux. On s'amuse bien. On ne fait vraiment bien la fête que chez soi, avec ses amis.

Mais ça critique facilement, avec légèreté, pour blaguer, ... ou pas. Je ne comprends pas. Ca ne me fait pas rire. Je sais aussi que l'intolérance peut nous priver de liberté. "Putain, vous êtes devenus trop indulgents ! Vous trouvez tout bien ! Vous êtes devenus chiants !!!" C'est vrai. Je n'aime pas qu'on critique. Ca me gêne. Mon éducation ? sûrement. La faute à notre voyage ? évidemment. Tout ce qui était différent nous plaisait. Dans cette culture, le sens critique, le verbe acerbe, l'ironie, parfois le cynisme, l'arrogance mal dissimulée ne serviraient qu'à faire de l'humour ? Peut-être aussi à affirmer sa supériorité sur l'autre.